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eAu fin fond des bois, naît une source, quelques gouttes minuscules qui s’extraient de la terre et des hautes herbes. Une eau froide, translucide, scintillante, qui sonne tout doucement en rebondissant sur les petites pierres qui tapissent ses premiers centimètres de vie. Le long de son lit pas plus large que ma main, toute une vie s’affaire, les grains de sable bougent en tous sens et roulent en devenant de plus en plus petits, les libellules et les myriades d’insectes vadrouillent de fleur en fleur, d’herbe en herbe.
 
S’approcher de l’eau c’est commencer à se fondre dans ce trait humide qui semble décider de sa propre direction tout en s’accommodant du relief et des anfractuosités du terrain. S’adapter, se modeler dans le paysage.
 
Où part cette eau surgie des entrailles du sol, du  pied des arbres. Elle a certainement dû, avant d’apparaitre en toute discrétion ainsi, abreuver les centenaires qui couvrent et protègent son lieu de naissance secret.
ⓛ1_ Au fin fond des bois, naît une source...
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Je m’imagine dans les troncs les quantités liquides qui circulent du bas vers le ciel et qui auraient pu grossir ce ruisseau. Mais c’est ainsi qu’il est, petit, fin, presque invisible. Comme le sont ses multiples semblables qui circulent sous les écorces, à l’abri de la vue.
 
A trop y penser, j’arrive à entendre ces torrents qui grimpent vers les cimes en chantant le bruit cristallin de l’élément liquide. La petite musique de ces quelques gouttes se développe, s’amplifie, grossit, jusqu’à posséder l’espace tout autour, rendant presque muets les volatiles perchés tout là-haut. Les arbres sont eau. Ils bougent, leurs branches plient et battent le rythme et le flux. Imperceptiblement.

Tout le lieu s'est vu emporté dans une impalpable transparence. La brise volante qui se faufile entre les feuilles agite délicatement chaque parcelle de bois fragile. En levant les yeux, je devine des houppiers en pleine danse, arrosant d'éclairs dorés le sous-bois dans lequel je me suis reposé.
 
Un clignement de paupière et ils ne sont plus au même endroit. Je les vois, vivants, mouvants. Leurs gestes amples traversent le ciel, ils semblent essayer de s'effleurer mutuellement.
 
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Et je suis là, tout petit sous les branches, assis dans l'herbe, aussi grand que la renoncule qui m'observe.
 
L'eau a continué sa course, et du point invisible d'où elle parvient elle semble avoir une destinée sans fin. Les secondes ont passé, et le ruisseau est toujours là. Semblable à l'avant, quand je me suis perdu dans sa fuite.
 
Tout autour de moi semble eau, brillante, scintillante, dans les gouttes converge la lumière qui descend du zénith par intermittences multiples. Partout où porte le regard, il n'y a que surfaces changeantes. Les écorces des hêtres et des sapins se parent de teintes variées, les feuilles s'agitent en tous sens, les herbes et les fougères semblent croîtrent à vue d'oeil.
 
Comme si de la présence de l'eau naissait dans les yeux la vie renouvelée. La géographie dans laquelle je me suis inscrit pour un temps est en évolution, à la fois insensible et pourtant très visible. À bien y regarder, les ombres ont bougé, les chants des oiseaux se sont déplacés.

 

Même la caresse de l'air a légèrement varié sur la peau.
L'eau source, transparente et fragile, qui tempère cet univers de verdure, donne ses couleurs aux arbres et à ce qui ne parle pas à voix haute. Je ne peux que la toucher et la laisser fuir, libre, précieuse, changeante.
 
Toujours la même question qui revient: de son mouvement incessant nait le temps, ou est-ce le temps qui lui confère la puissance de cette course folle vers un je ne sais où? Serpentante et sillonnante, elle dessine des petits paysages à l'échelle de la feuille, de la branche et de la pierre. Il faut accepter de se pencher pour voir. Accepter l'idée dêtre petit, de s'arrêter, de prendre le temps. 
 
S'agenouiller, sous les arbres, immenses rivières verticales, qui ornent le ciel de vagues vertes et liquides, pour entendre, écouter, regarder et surtout voir. Car ce qui s'offre à l'oeil n'est pas forcément ce qui est vu.
 
Là-bas, au loin, dans des paysages qui ne me sont pas familiers, existe une rencontre préméditée, une convergence déjà écrite. De grands remoux qui tourbillonnent, doucement, puis plus forts. Les gouttes que je regarde ici s'enfuir en rebondissant s'échappent de mon regard. Elle partent, engagées dans une poursuite d'elles-mêmes, vers d'autres transparences liquides qui ne les attendent pourtant pas. 
 
 
 
 
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Petit filet devenu ruisseau fragile, puis rivière et peut-être fleuve tumultueux, est né au fond de mes bois. L' eau pure et impalpable, caresse fraîche, s'échappe de cette forêt. Après avoir côtoyé les arbres en leurs racines, les énormes pierres de grès, donné la vie aux mousses minuscules, abreuvé les habitants sauvages, s'en va pour un ailleurs encore flou.
 
J'ai rencontré une source, perdue entre les herbes, et après avoir caressé ma main, comme un salut salvateur, l'eau s'est échappée, en chantant les effluves brillantes de mes bois.
Mai Juin 2019
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